Les sentiers de la Hague 2018

Moi, mes adversaires imaginaires et l’air du Cotentin

[Préambule]Avoir un copain imaginaire, quand on est un petit enfant, c’est mignon. Quand on est adulte, on parle généralement de schizophrénie. C’est tout de suite moins mignon. Mais si on fait de la course en pied, alors là, ça va. Ton ami imaginaire, c’est ta montre qui te le crée. On appelle ça un virtual partner. Un coureur théorique, régulier comme un robot qui court devant toi mais que tu ne peux pas voir. Bref, un truc bien con. Je boycotte. Mais ce dimanche, dans le même esprit, j’ai développé un nouveau concept : la virtual race in my mind.

Je profite en effet d’une escapade dans le Cotentin pour m’inscrire aux sentiers de la Hague. 31e édition, du solide me dis-je. Les sentiers du coin, je connais. Il y a un peu moins de 2 ans, j’avais vécu l’enfer sur les sentiers d’Allonne, un trail local où j’avais fini bon dernier dans ma catégorie, boité pendant 3 jours et mis près d’un mois à me remettre de cette sortie catastrophique et épouvantablement mal gérée. Je m’étais promis qu’on ne m’y reprendrait plus mais voilà, le temps passe et la gourmandise reprend le dessus. Et sur le papier, cette course, c’est le rêve : l’anse Saint Martin, Omonville la Rogue, que des endroits magnifiques. J’opte pour le 15 km, ma distance préférée et en route pour l’aventure.

Le départ se fait au Manoir du Tourp, un bien bel endroit. Je récupère mon dossard en un clin d’oeil et je poireaute en attendant le départ. Il y a une arche un podium, des tas de traileurs avec des dossards, du café en libre service, bref ça a l’air super bien organisé et j’ai hâte de m’y coller.

C’est parti

Le départ est un peu mou. Le speaker sur l’estrade annonce que la « rando » partira à 9h45 pile. Je t’en foutrais de la rando. Encore un de ses bouffeurs d’asphalte qui considère que les traileurs ne sont pas de vrais coureurs. Mais bon, personne ne semble s’en formaliser et à l’heure pile, le départ est donné.

J’ai prévu de boucler ces 15 kilomètres en 1h30 mais je sens immédiatement que je n’ai pas de jambes. Mes pompes de trail me font un mal de chien et il fait un temps déprimant. Je boucle le premier kilomètre sans enthousiasme en 6 minutes alors qu’une partie du parcours est en descente. Après un second kilomètre plus rapide, je perds à nouveau du temps sur un long faux plat et je comprends rapidement qu’1h30, ça ne va pas le faire. Je re calibre mon objectif. Ça sera donc moins d’1h45 et ne pas finir dernier. Parti dernier, je double pas mal de coureurs qui sont vraiment à la cool, ce qui change des courses du coin habituelles où ça cavale toujours beaucoup trop vite.

Mikl sur les sentiers de la Hague

La descente vers la mer se passe sans heurt. Les chemins sont agréables, c’est très vert et assez facile. Je me sens bien dans les descentes mais un peu lourd sur le plat et comme c’est très plat, je me traîne. Je laisse passer beaucoup de monde. Pas grave surtout que c’est quand même beau à tomber par terre. Après 6 km très agréables, nous arrivons dans la baie d’Écuty et entamons la partie la plus difficile : 4 km de sentiers littoral, plat mais épouvantablement cassants car remplis de cailloux, galets, pierriers sur lesquels il est presqu’impossible de courir (enfin, moi je n’y arrive pas en tout cas). Cet endroit est tout simplement féérique mais le vent souffle de face et gâche un peu la visite qui par moment vire un peu au chemin de croix.

Arrivés au niveau du Havre de Barfouis, nous rentrons dans Omonville où nous attends un ravito plus que correct et c’est reparti pour les 6 derniers kilomètres qui ne seront pas les plus faciles. Les deux kilomètres passés dans les cailloux ont provoqué un effondrement de ma vitesse et j’ai un peu de mal à me remotiver. Il n’y a plus grand monde derrière moi et je sais qu’il me reste les grosses montées à venir.

Je ne cours pas bien vite mais je suis rincé quand même. J’avale à la cool la dernière montée et ça y est, c’en est fini. Je vois l’arche, je double un petit groupe de coureurs attardés, yes, 5 places de regagnées, j’accélère, je passe sous l’arche et… rien. Pas de bip, pas de tapis, pas d’être humain avec un chrono à la main et d’ailleurs pas d’être humain du tout. Je jette un coup d’oeil dépité à ma montre. 1h43 pour 15 petits bornes, la honte.

Je cherche le ravito de fin de course parce que quand même je suis cuit comme à la fin de chaque course mais je ne trouve rien. Je cherche vainement un affichage pour savoir combien ont fait les premiers mais toujours rien. Arrivé à la casa, je me connecte sur le site pour voir si les résultats sont publiés, rien. J’attends, regarde sur Facebook, vérifie mes mails, vraiment rien. Je finis pas contacter l’organisateur qui me confirme ce qu’inconsciemment j’avais parfaitement compris depuis un moment : ça n’était pas une course. Donc pas de chrono. L’arche, le podium, les dossards ? pour faire joli ? non, c’est plus simple pour l’organisation. Ah. OK.

« Mais si vous voulez absolument vous comparer, vous pouvez regarder sur Strava… ».

Voila, j’ai rejoint Strava dans la foulée et maintenant, je fais la course dans ma tête tous les jours. Mais ça s’appelle toujours pas de la schizophrénie. Ça s’appelle des segments.

© crédit photo : VTT Les Haguards que j’en profite pour remercier