Le piaf

Tout petit déjà…

Piaf himself

Un peu de terminologie pour commencer. Miklc, pseudo imprononçable, est un vestige de mes années lycée. Une de mes camarades de l’époque signaient ses dessins LE pour Elle-Eu qui était le diminutif de Éléonore, son prénom. Rétrospectivement, je m’en rends compte en l’écrivant, ça n’a rien de fascinant mais à l’époque, je trouvais ça extra et j’ai donc décidé de signer les miens Miklc. Mi-Ka-eL et C parce que c’est l’initial de mon nom de famille. Ça vend du rêve non ?

Après le lycée, j’ai renoncé à de brillantes études à cause d’un petit détail anecdotique (pas de bac, pas de chocolat), pour entamer une carrière très prometteuse dans la distribution motorisée de mets italiens raffinés (ou, pour faire simple, livreur de pizzas dans les bars glauques de Pigalle). N’ayant aucun avenir dans la profession, je me suis rabattu sur ce qu’à l’époque, je savais faire le mieux, à savoir : m’occuper des autres bien mieux que de moi-même, en partageant mon temps entre les gamins  (colos, classes transplantées et centres de loisirs) et les cassés de la vie (blessés, clodos, migrants) au sein d’une grande et belle association humanitaire.

Ma carrière dans l’humanitaire s’est rapidement heurtée à mon incapacité à en accepter les contradictions. Je m’en suis mieux sorti dans l’éducation populaire, occupant tour à tour les postes de chef de centre, directeur, coordonnateur et désormais responsable de l’action éducative d’un arrondissement parisien. Et en ces temps heureux de réforme des rythmes scolaires, croyez-le ou non, il y a assez de travail pour remplir plusieurs vies. Voila pour le boulot, il y aurait des tas d’autres choses fascinantes à en dire mais ce n’est pas l’endroit.

Mes bulles

Avouons-le, à 12 ans, je ne me rêvais pourtant pas en fonctionnaire territorial zélé. Je m’imaginais plus en rock-star mais au lieu d’apprendre à chanter, j’ai choisi de jouer de la basse. Mal. Mon prof, un type adorable, ne s’est jamais découragé malgré le peu d’espoir que mon arythmie musicale et ma mémoire capricieuse lui inspiraient. En me remémorant mes longues années de conservatoire, il me semble que l’expression « handicapé de la clé de Fa » aurait probablement pu être inventée pour moi. Le passage tardif à à six cordes fines n’a pas été plus probant.

De cette période, il ne subsiste qu’un petit peu de corne sous la peau des doigts, une coupe de cheveux immature et deux fans, qui contre toute logique me demandent parfois de leur jouer les copains d’abords sur ma vielle Yamaha.

Des bulles d’azote

J’ai aussi passé beaucoup de mon temps libre à observer mes petites bulles, celles qui remontent doucement vers la surface. Les voir monter, descendre, comprendre comment elles se déplacent. 20 ans déjà que j’ai fait ma première descente dans le bleu, sans crainte, sans hésitation, de zéro à vingt mètres en deux minutes mémorables. C’était le 4 juillet 1994 à quelques milles de la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat et ça m’a marqué à jamais. J’aimerais être peintre pour savoir reproduire précisément ce bleu. Vous le trouveriez magnifique, plus beau que le plus beau des trois bleus de Miró et même, peut-être, plus envoutant que celui de Klein. Un bleu de ouf quoi !

Je n’y vais plus souvent mais l’air de Nice me manque parfois. Il a (et gardera) cette odeur et cette saveur si particulières, mélange de chaleur, de Provence et de vacances.

Ma vie de plongeur n’a pas été plus simple ni plus tranquille que ma vie en général mais je garde une passion intacte pour cette activité magnifique. Ne comptez pas sur moi, par contre, pour avouer publiquement que ça m’est venu en voyant le Grand bleu. D’autant que même si j’ai parfois affirmé l’avoir vu neuf fois au cinéma, je peux bien confesser aujourd’hui que c’était extrêmement exagéré !

Je fais des bulles avec mes pieds…

Je me souviendrai aussi toute ma vie d’une soirée mémorable à Bercy. Voir des arts martiaux, à l’époque, n’était pas une mince affaire. Les « films de karaté » comme on les appelait alors, n’étaient pas de très bonne qualité et les cassettes vidéo coutaient très cher. Le festival des arts martiaux, organisé à Bercy chaque année, était donc un immanquable.
On s’y emmerdait copieusement les trois quarts du temps mais lors de l’édition de 1990, il s’y est passé un truc incroyable. Un Canadien sorti de nulle part nous a sorti de sa besace un kata musical qui m’a laissé bouche bée.

J’ai passé les cinq années suivantes à frapper comme un sourd dans un sac de frappe pour essayer de parvenir à faire d’aussi beaux coups de pieds en rêvant qu’un jour, je partirai au Japon m’entraîner avec un grand maître d’Okinawa. Lorsque 15 ans plus tard j’ai pénétré dans le To Duong, le club mythique du Vovinam Viet Vo Dao, pour participer à mon premier stage sous l’autorité de maître Sen, l’un des plus grands maîtres du Vietnam, ça m’a fait un petit quelque chose. J’y suis retourné à quatre reprises et chaque fois, mon plaisir a été intact. L’Asie est devenu mon deuxième chez moi et j’enrage de ne pouvoir m’y rendre plus souvent.

La vita e bella !

J’ai appris et compris, en secourant des gens qui ne tenaient plus debout, physiquement ou moralement, à mesurer chaque jour la chance que j’avais d’avoir deux jambes solides, d’être aimé et de tirer du regard de mes proches assez de courage pour affronter les difficultés, quelles qu’elles soient.

Deux bonnes jambes donc, et un moral d’acier. J’essaye d’en faire bon usage. Alors je marche, je cours, je grimpe, je glisse, je pédale, je rollerskatise en essayant, jour après jour d’entraîner dans mes balades, mes défis, mes voyages, mes courses, ceux et celles qui veulent bien rester à mes côtés.

Je ne me souviens plus de quel film il s’agit ni même du contexte, mais je sais que c’est l’un de ceux qui ont bercé mon enfance. Le personnage a fait mantra d’un conseil que lui répétait son père : « fais du mieux que tu peux fiston ». J’fais ça. J’fais du mieux que je peux.
Et tant qu’à faire, j’essaye de faire un peu mieux à chaque fois. Des fois je trouve ça futile, d’autres fois je trouve ça formidable. C’est ma vie à moâ que j’ai et je n’en changerais pour rien au monde.

piaf rollerpiaf de basepiaf sauve le mondepiaf plongeur

Le p’tit piaf dans tous ses états