Cours Forest !
Et hop, et hop, et hop…
Un jour, alors que je constatais avec une pointe de désespoir que j’avais pratiquement repris les 8 kilos que j’avais mis près d’un an à perdre, je me suis dit (ben oui j’ai de grands dialogues intérieurs avec moi-même) « Mimi, ça peut pas durer ! ».
C’est important de temps en temps de se fâcher un peu avec soi-même et de se dire des choses si désagréables que les autres n’osent pas vous les dire. À part quand ils sont ivres évidemment.
J’ai retrouvé sur un forum la présentation que j’avais faite il y a maintenant presque deux ans et qui traduit bien mon état d’esprit d’alors :
Jusqu’à cet été, je détestais courir. Nul en sport de 0 à 18 ans, je faisais partie des petits malins qui se planquaient derrière les arbres pendant les footings au bois de Vincennes et qui trouvaient toujours une bonne excuse pour ne pas courir autour du stade au collège. Je me suis autoproclamé le « roi du point de côté » et de mes tours de stade de lycéen, je ne me souviens que d’avoir toujours vu les autres me dépasser une fois, deux fois… Bref je détestais courir.
J’ai cependant toujours fait du sport, mais seulement des sports où il ne fallait pas courir (roller, arts martiaux, plongée). Et puis j’ai fait des enfants (enfin ma femme) j’ai arrêté de fumer, et j’ai pris du gallon dans mon boulot et donc quitté le terrain pour un bureau. 25 kilos plus tard, j’ai décidé de passer aux choses sérieuses (régime, reprise des arts martiaux et allez savoir pourquoi : course à pied).
Cet été je me suis dit : « y’a pas de raison ».
J’ai emprunté des baskets et je me suis mis à trottiner, tout doucement, et j’ai tenu … 13 minutes. 2 km sans m’arrêter. J’étais fier comme si j’avais grimpé l’Everest. Alors le lendemain, j’ai pris mon courage à deux mains parce que j’avais deux poignards plantés dans chaque cuisse et je suis reparti courir 2 km en environ 11 minutes. Le lendemain, j’ai acheté des chaussures qui courent vite, un petit short en satin avec le slip cousu dedans et des socquettes blanches et j’ai fait deux fois le tour du champ soit environ 23 à 20 minutes pendant 4 ou 5 sorties, puis trois tours soit 37 à 35 minutes. J’ai fait 15 sorties dans le mois pour arriver à frôler les 35 minutes.
De retour à la maison, j’ai maintenu deux à trois sorties par semaine. Au bout de trois mois, j’en suis à des sorties de 7 à 8 km selon ma forme et je cours entre 42 et 48 minutes. Je trouve ça assez miraculeux, en fait je n’en reviens pas !
À dire vrai, même aujourd’hui j’ai encore du mal à expliquer pourquoi j’adore autant aller courir. Le fait que la marge de progression soit encore énorme et qu’elle soit si facilement mesurable (une course, un chrono, et on est fixé) ? la facilité de mise en place quels que soient le lieu et l’heure ? la quiétude des paysages qui défilent lentement dans la douceur du soir ? Tout cela sans doute et pleins d’autres choses. J’aime me mettre en tenue, en hiver encore plus qu’en été, quand tout le monde est emmitouflé dans d’énormes manteaux et qu’un simple collant et un T-shirt (mais v’la le Tshirt, le même que les astronautes de la NASA) suffit à me protéger du froid. J’aime courir, à m’en décrocher le palpitant dans des courses improbables où, noyé au milieu de centaines d’autres, je ne fais la course qu’avec moi-même, et un peu avec celui qui est juste devant aussi, parce qu’une place de gagnée, c’est une place de gagnée.
Outre ces sensations mêlées ou la frontière entre plaisir et souffrance est parfois ténue, courir est devenu un besoin quasi vital. Physiologique ? psychologique ? addictif ? sans doute un peu de tout ça. C’est bien simple, si je ne cours pas, je ne vais pas bien. Drôle de sensation que je ne m’explique pas encore, à mi chemin entre un sentiment de culpabilité en regardant mon plat de pâtes et une profonde frustration, une forme d’enfermement, comme si l’énergie dédiée à ma sortie du jour tambourinait à la porte de ma carcasse pour pouvoir jaillir.
On est quand même bizarrement foutu.
