RoulettesL'aventure commence en 1988. Un des profs de mon lycée de l'époque est absent et toute la classe de seconde se retrouve au CDI. Il y a d'un coté ceux qui bossent et qui font chuuuuut et de l'autre ceux qui papotent. Je m'incruste dans un groupe qui est en train de planifier une sortie à la Main Jaune pour le samedi suivant. Whoua, la Main Jaune, comme dans "la Boom". Je ressors du CDI avec une invitation à me joindre à eux pour le samedi qui vient et un petit détail à régler : je n'ai jamais fait de roller de ma vie.
Cellule de crise à la maison, il me reste six jours pour m'équiper et apprendre à patiner. Après d'âpres négociations, j'obtiens un budget de 600 balles, baskets comprises (pas mal pour ce qui peut aussi bien passer pour un gros caprice...). Le mercredi après-midi, un coup de RER et me voilà au go sport des Halles. j'avais judicieusement griffonné sur un coin de table des mots barabres entendus à la biblio : kryptos, nashi, fiberlite, merci monsieur de me fabriquer un truc à partir de ça. Deux heures plus tard, je suis assis dans ma chambre en train de percer des trous dans la semelle des mes reebook (rouges, montantes, total touchy) avec un tournevis cruciforme. Deux trous dans les paumes plus tard, le soir tombe sur ma banlieue et me voila (enfin) sur mes roulettes.
Chapitre deux ou comment mal commencer sa vie en roller. En trois minutes, je me suis fabriqué mon meilleur et mon plus mauvais souvenir de patin. La première poussée, le patin qui glisse tout seul, la sensation de vitesse. Dès les premieres secondes, sentir qu'on va pouvoir aller très vite. Pas de doute, ce truc est fait pour moi. Magique ! Après deux aller-retours dans l'allée à au moins 4 à l'heure je décide que ça y est , je suis prêt. Première cascade, je pousse un peu, pour voir. J'ai vu ! C'est la super gamelle, la première d'une immense série, digne d'un film de Buster Keaton, je me retrouve sur le cul, avec le coccyx en kit. Coccyx qui par ailleurs ne s'en remettra jamais ! Prise de conscience brutale : le roller c'est dangereux.
Au final ce samedi-là, ça a pas cassé des barreaux de chaises. Passe encore la technique de débutant, ce qui n'a pas pardonné c'est le pantalon à pinces avec les reebook immaculées et le frein noir. Déjà à l'époque, le frein, ça le faisait pas. D'autant qu'à l'heure qu'il est, j'ai toujours pas compris comment on pouvait freiner avec ce machin devant... Bilan de cet après-midi de drague-dance-roller, pas une touche, deux chutes qui te filent la honte de ta vie et le début de 15 ans de tabagie grâce à la super idée d'un pote (merci Francis) "tiens, quand t'as le cul par terre, t'as l'air moins con avec une clope". Ban, on avait 14 ans quoi...
S'en suivront une bonne dizaine d'années de patinage, plutôt pépères, pas de gros sauts, pas de slaloom, pas de figures acrobatiques, juste des milliers d'heures passées patins aux pieds, pour la ballade, pour visiter (Prague, Londres, Nuremberg) ou en activité avec les minots du centre de loisirs. Quelques courses comme le "Persan-Beaumont" ou le "Paris sur Roulettes", un peu de catch derrière les bus à Nice pour remonter le boulevard de Cessole qui tue les cuisses mais au final, rien de bien spectaculaire.
Et puis la pause. Une tentative franchement foireuse de patin à glace me fait penser qu'on ne peut pas passer de ce qu'il est désormais convenu d'appeler des kwads, aux patins en lignes. Je vois donc arriver les rollerblade d'un oeil dubitatif en pensant que ça ne durera pas... Visionnaire le gars ! Et puis les patins ne sortent presque plus du placard et puis plus du tout.
Même les randos du vendredi soir que je croise en bagnole ne me tentent pas plus que ça, je passe complètement à côté de la révolution roller. Puis arrive la trentaine, la décennie des bilans. Mon frangin m'offre une paire de roller en ligne, des jolis K2. C'est vrai que c'est pas mal les inline. La technique revient doucement mais le physique ne suit pas. C'est qu'il a un peu forci le garçon. Toutes ces années sans faire d'exercice, le régime bombecks pour se débarrasser de la clope (vraiment merci Francis), sans compter mes deux grossesses (bhein quoi ?)...
Septembre 2005, ça me reprend comme une envie de pisser, je chausse mes K2 et c'est parti pour une petite ballade en ville. Et allez comprendre, ce coup là, ça le refait. Ça le refait complètement ! Un petit tour sur internet et je découvre qu'il y a aussi des randos le dimanche. Et là encore ça le fait. Pour un ex roller solitaire, tous ces gens qui patinent, c'est un peu opressant au début mais finalement c'est assez rigolo. "Mais pourquoi t'as pas fait ça plus tôt ?". Allez savoir...
Depuis, c'est roller matin et soir, à haute dose. Vu le prix de l'essence, ça tombe plutôt bien. Pi la bagnole ça pollue, je sais pas ce qui me retient de la vendre... si je sais, j'ai pas encore trouvé le truc pour accrocher les sièges enfants sur mes deemax.
(A suivre...)