Aquathlon découverte, Paris 2011

Quelques brasses dans la Seine pour bien commencer l’été ?

affiche triathlon 2011C’est l’été, le soleil quoique capricieux, inonde la plaine et la capitale a enfin retrouvé un peu de calme. La fin de l’année a été fatigante et j’ai enchaîné les courses sérieuses pendant tout le mois de juin, profitant de ne pas avoir de passage de grade à préparer pour la première fois depuis quatre ans. J’arrive donc en fin de saison avec pas mal de kilomètres dans les pattes, mais tout de même un peu usé et ayant maintenant envie de faire des courses un peu plus rigolotes et surtout, sans pression.

Je jette un coup d’œil sur l’intranet du boulot dans la rubrique « je cours pour la Ville » qui permet de s’inscrire gratos à certaines  courses et je tombe sur le triathlon de Paris. Fera ? Fera pas ? Pas ! 40 bornes de vélo, pani pwoblem, 10 bornes de courses à pied, pani non plus mais par contre 1800 mètres de nage : pas possible du tout ! Avec des palmes, oui, 18 000 même, mais avec mes pieds, c’est inconcevable sans un entraînement qu’il me semble impossible de m’imposer.
Mais que vois-je ? un ch’ti aquathlon tout mignon avec seulement 150 mètres de natation, dans la Seine – whaou, ça c’est fun – suivi d’un petit quinze cent mètres et la possibilité de passer par les mêmes chemins que les pros et la ligne d’arrivée sur le troca. Pas de vélo malheureusement, mon seul point fort, mais qu’à cela ne tienne, si tôt dit si tôt fait, me voila parti pour la grande aventure.

Parcours de l'AquathlonJ moins 2

Voila. Une course rigolote… Pour ne pas me mettre la pression… Mais quel crétin ! C’est la vraie mauvaise pioche de l’année car la pression est énorme. D’une, je ne sais pas nager. Du moins pas en crawl. Enfin si, mais pas longtemps. En piscine je tiens une longueur avant d’étouffer, soit à peine 25 mètres. 150 mètres ce n’est rien, mais c’est quand même très largement au dessus de mes forces et en réunissant bien tous mes souvenirs, j’estime que la dernière fois que j’ai nagé remonte à il y a environ un an.

Je passe deux soirées entières à écumer les forums de triathlon à la recherche de conseils pour la transition. Comme on ne peut pas tout raconter sur un blog, je ne vous raconterais pas comment à minuit je me suis entraîné dans mon couloir à enlever mon lycra et sauter dans mes baskets. Vous ne savez pas ce que vous perdez.

J. « J’y vais, mais j’ai peur ! » (air connu)

Le lendemain, big coup de stress. Démesuré même. Arrivés au pied de la tour Eiffel, rien n’est prêt, quelques clampins, l’air aussi paumés que moi errent en short, bonnet de bain jaune enfoncé sur la tête, puis finalement, tout s’emballe. La responsable apparait comme par magie et nous fait un briefing rapide puis nous dirige vers les casiers dans lesquels nous pouvons déposer nos baskets et nos t-shirts pour la partie course à pieds.

Arrivée natation

Je me dirige ensuite vers le départ de la nage et plonge enfin dans le fleuve. L’eau est fraîche mais sans plus, ça y est, je me baigne dans la Seine, Chirac l’avais promis, moi je l’ai fait ! Nous nous alignons comme on peut entre deux poteaux et attendons que le départ soit donné. Nous sommes très peu nombreux mais il faut dire qu’il pleuvait ce matin et que ça a du en doucher plus d’un.

On m’avait prévenu que les départs de triathlons étaient souvent un peu violents et je ne suis pas déçu. Pris de court par la soudaineté du coup de sifflet, je me retrouve très chahuté entre deux nageuses de type Allemande de l’Est période post soixante-huit et me mange derechef un bon coup de talon en pleine poire. Piqué au vif je sors mon crawl version baccalauréat 92 et je te les enrhume toutes les deux pour réussir à revenir dans le troupeau où je me prends assez vite une bonne claque et un ou deux coups de coude. Rahhh, mais vont finir par m’énerver si ça continue :-). Je suis complétement submergé et au lieu de temporiser, je claque l’eau comme un gros bourrin dans un crawl approximatif en me disant que 150 mètres c’est que dalle. Au bout d’une minute je manque de me noyer en avalant une grande rasade d’eau de Seine, pas pire à boire que l’eau de mer quand on éternue dans son détendeur, mais suffisant pour déclarer forfait en crawl et repasser en brasse coulée. Je constate sans surprise que je ne nage pas tellement moins vite qu’avant. Je touche enfin le tube en fer qui ancre les escaliers et sors de l’eau dans un état proche de la catalepsie et me répète ce que j’ai lu la veille sur le site d’un vieux briscard du triathlon : enlever le bonnet, mettre les lunettes dans la bouche, retirer le lycra, ne pas s’évanouir.

Sortie de l'eau

Dépiautage réussi !

Je n’ai pas la présence d’esprit de prendre le gobelet  que me tend un bénévole et monte les marches comme un zombi pour aller jusqu’à mon casier. J’enfile mes pompes, dont j’avais pré-bloqué les lacets, en moins d’une seconde et commence à courir avec mon t-shirt à la main que j’enfile en courant, laissant derrière moi beaucoup de bons nageurs sortis de l’eau avant moi mais qui prennent le temps de s’essuyer et de s’équiper puis j’enchaîne sur le 1500 mètres le plus éprouvant de toute mon existence. Mes bras me font souffrir le martyr et je n’ai plus un souffle d’air dans les poumons. Je cours à la vitesse d’un solex aux pneus crevés en essayant désespérément de survivre alors que je suis à bout de tout. Le parcours est super merdique, deux boucles de 600 mètres sur un espèce de parcours improvisé avec des cônes de Lubeck qui obligent en bout de ligne à faire un quasi demi tour, ce qui dans mon état est à peu près aussi douloureux que de s’enfoncer des fourchettes sous les ongles. On se croirait sur un circuit de la prévention routière avec des coureurs qui se croisent sans savoir si les autres sont devant ou derrière et je commence à vraiment me haïr de me lancer dans des trucs aussi débiles. La deuxième boucle est moins pire car je sais maintenant qu’il y a encore du monde derrière et je me rassure en me disant que tout cela va rapidement finir par cesser. À 200 mètres de l'arrivéeJe puise dans le fond du réservoir un peu de force pour accélérer mais comme personne ne me menace derrière et que ceux qui sont devant moi sont hors de portée, j’ai du mal à m’accrocher. Cette petite minute et demi passée à m’énerver dans trois mètres d’eau m’a tout simplement anéanti. Enfin, je me rapproche péniblement de l’arche et dans un baroud d’honneur un peu comique, je place une petite (mais alors vraiment petite) accélération qui surprend néanmoins les deux coureurs qui sont encore à ma portée et les double avant de passer sous l’arche où je peux enfin mourir tranquillement. Je titube tant bien que mal jusqu’au buffet où je manque de m’écrouler dans les bananes puis me rattrapant à la table, j’arrive à saisir un gobelet d’Isostar puis à rejoindre la sortie du sas. Je suis exténué, pas vraiment content et absolument pas fier de moi.

J’apprendrai plus tard dans l’après midi que je finis en un peu plus de 10 minutes à la 28e place sur 54. Seulement 54 personnes avaient fait le déplacement contre 3000 le lendemain sur le triathlon open et on se demande bien pourquoi… 😉

Seule satisfaction, ma transition qui était parfaite et qui m’a permis de compenser ma piètre performance en natation en laissant un grand nombre de coureur derrière moi. Et du coup une forte envie d’en découdre mais avec du vélo et après avoir pris des cours de natation. On me reverra donc sur un triathlon, mais pas demain, car demain, on court au stade de France !